Hommage du 2 novembre 2020

A la mémoire de ....Samuel Paty...Aux trois victimes de l'attentat de Nice

> Le Vendredi 16 octobre, Samuel Paty, professeur en collège est décapité
> Le Jeudi 29 octobre, trois personnes (2 femmes et un homme) sont égorgées dans une église de Nice.

Cette explication a pour but de recontextualiser les tragiques événements de e mois d'octobre. Elle est en priorité destinée à mes élèves de spécialité HGGSP. Un hommage est non seulement un temps de recueillement et de commémoration; de mon point de vue, il doit également être un temps pédagogique.

Ces attentats s'inscrivent dans un contexte historique particulier

Depuis la fin des années 1990, des groupes islamistes tentent d'imposer leurs idées par la violence et la terreur dans de nombreux états. Le but de ces groupes islamistes est d'imposer la charia à l'état et à la société. Pour les islamistes, l'occident et ses valeurs apparaît comme un anti-modèle à abattre. Ces mouvements islamistes peuvent prendre plusieurs formes (terrorisme, prédication, militantisme politique) et se développent à l'échelle mondiale. L'assassinat de Samuel Paty a clairement montré que les différentes formes d'islamisme étaient liées. L'islamisme est un phénomène géopolitique mondial.

 

Une série d’attentats islamistes qui frappe l’Europe depuis 2004

 

 source wikipedia

Une série d’attentats qui s’intensifie après 2015

source: wikipedia

La France a été particulièrement visée et touchée par les actes terroristes:
-> à cause de ses lois (laïcité) et de ses valeurs (Liberté d'expression)
-> à cause de son rôle géopolitique et militaire dans la lutte contre les islamistes et les terroristes (participation à la guerre en Afghanistan, lutte contre Daesh en Irak et en Syrie, intervention au Mali, ...)

Une instrumentalisation politique par certains leaders du monde musulman

Le fait de cibler la France devient un élément de la rhétorique de certains hommes politiques du monde musulman. Cette rhétorique s'inscrit le plus souvent dans des logiques géopolitiques régionales et des enjeux politiques nationaux.

Le Monde, 24 Octobre 2020,

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/10/24/l-elysee-denonce-les-propos-inacceptables-d-erdogan-sur-macron_6057265_3210.html

Cette instrumentalisation est largement relayée sur les réseaux sociaux et peut être un facteur de déclenchement dans le passage à l'acte.

 Nous sommes attaqués pour ce que nous sommes, c'est à dire pour nos valeurs

Ces attentats se déroulent alors que le procès contre les auteurs des attentats de 2015 qui ont visé la rédaction de Charlie Hebdo et l'Hyper Casher sont en cours. Il s'agit donc d'une remise en cause de nos valeurs et des institutions qui les font vivre.

Ces valeurs sont le fruit d'un héritage historique qui nous constitue en tant que nation.  L'école est le lieu, par excellence, de la transmission de ces valeurs. Certaines de ces valeurs, de ces lois, de ces principes sont la négation même du projet islamiste. Par exemple, la laïcité est le choix que la société française a fait pour mettre en oeuvre la liberté de conscience,

source: wikipedia

proclamée dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen:

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.

Le choix fait par la société française est celui de séparer compléter l'Etat des religions, en posant le principe de la neutralité. Cela signifie que la religion relève de la sphère privée des individus et non de la sphère publique. L'Etat garantit ainsi que chacun puisse bénéficier d'une liberté de conscience qu'elle soit religieuse ou non. A l'école, pour garantir ce principe de laïcité, le choix a été fait de faire reposer l'enseignement que sur des faits scientifiquement démontrés et non sur des opinions politiques, philosophiques ou religieuses.

La seconde liberté qui est remise en cause c'est la liberté d'expression, et en particulier la liberté de la presse. Les lois définissant la liberté de la presse datent de 1881. Elles sont essentielles à l'existence d'une vie démocratique car elles permettent l'existence du débat contradictoire et l'expression d'idées dans le débat public. Il n'y a pas de démocratie sans liberté d'expression. Il n'y pas de démocratie sans liberté de la presse, comme le soulignait Victor Hugo, en 1848:

Le principe de la liberté de la presse n’est pas moins essentiel, n’est pas moins sacré que le principe du suffrage universel. Ce sont les deux côtés du même fait. Ces deux principes s’appellent et se complètent réciproquement. La liberté de la presse à côté du suffrage universel, c’est la pensée de tous éclairant le gouvernement de tous. Attenter à l’une, c’est attenter à l’autre.

Pour autant cette liberté est encadrée par la loi. La loi de 1881 sur la liberté de la presse sert de socle à cette question, en précisant les cas où la liberté d’expression est encadrée. L’injure ou la diffamation sont interdites et passibles de poursuites. De même, appeler au meurtre, à la violence, au vol, à la destruction ; porter atteinte aux « intérêts fondamentaux de la nation » ; faire l’apologie de crimes de guerre, inciter au terrorisme, ou « à la haine ou la violence » envers des personnes en raison d’une appartenance ethnique, sexuelle ou d’une origine, est un délit.

Le Monde, 13 janvier 2015, https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/14/la-liberte-d-expression-et-ses-limites_4555934_3224.html

Cette loi de 1881 autorise donc à exprimer ses opinions même si elles peuvent heurter la sensibilité d'autrui. Les caricatures sont une forme d'expression qui rentre dans ce champ car l'idée même d'une caricature et de faire rire, de heurter et d'interpeller pour pousser à la réflexion. C'est le choix fait par Charlie Hebdo depuis des années. On peut trouver douteux l'humour de Charlie Hebdo; on peut être choqué par certains de ces propos mais dans un état de droit; ces questions se règlent devant les tribunaux. Depuis 1992, Charlie Hebdo a fait l'objet de plus d'une cinquantaine de procès et a été condamné à neuf reprises.

Certains ont invoqué, dans le cas des caricatures de Charlie Hebdo, un délit de blasphème (étymologiquement: une parole qui outrage la divinité). En France, ce délit n'existe plus, depuis la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Le blasphème est donc aujourd'hui une notion religieuse et non une notion juridique, aucun texte de loi ne définit cette notion comme un droit ou une atteinte au droit.