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Interdisciplinarité

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Interdisciplinarité ; le mot semble être une des tendances fortes du moment dans les échanges numériques autour de l’éducation. Les positions sont tranchées ; les points de vue nuancés tendent à disparaître des échanges. Plutôt que de partir sur des postures idéologiques, je me propose d’exposer mes quelques expériences interdisciplinaires durant ces quatorze dernières années.

 

Jeune enseignant, j’ai tout de suite été confronté à cette question. Néo-titulaire, je me suis retrouvé avec la charge de trois IDD (Itinéraires De Découverte, pour les plus jeunes). L’expérience fut enrichissante mais complètement contre-productive pour mes élèves. Je ne maîtrisais pas suffisamment les programmes pour établir des liens pertinents avec les autres disciplines. De plus, j’étais obligé de mettre en œuvre des thématiques qui ne correspondaient pas à ma sensibilité du moment. Tout ceci ne m’a évidemment pas empêché de passer de très bons moments lors de ces activités et d’apprendre auprès de mes collègues.

Il y a six ans, nous avons décidé avec les collègues de l’équipe de lettres de prendre à bras le corps les problèmes de maîtrise de la langue à l’entrée en 6ème. Le constat était très sévère ; certaines années, près du tiers des élèves avait une maîtrise insuffisante du français. Cette situation ne résultait en rien du travail de nos collègues de primaire. Elle était le fruit de l’environnement socio-économique et culturel de l’établissement. Ces difficultés engendraient des situations d‘échec dans toutes les disciplines. Nous avons donc élaboré, dans le cadre du projet d’établissement, un travail et une stratégie entre les équipes de Lettres et d’histoire. Les objectifs étaient simples :

  • Démultiplier les occasions de pratique de la langue (quelque soit la forme de cette pratique).

  • Harmoniser les pratiques et les exigences des deux équipes. Par exemple, nous avons adopté, en histoire-géo, le code de correction de nos collègues de lettres et nous nous sommes mis aux rédactions multiples d’un même texte afin d’obtenir un résultat satisfaisant pour tous.

De ces deux expériences, je retire quelques enseignements :

  • Il faut du temps. Il nous a fallu trois ans avant de trouver un fonctionnement réellement pertinent avec nos collègues de Lettres. De nombreux ajustements ont été nécessaires ; nous avons consacré beaucoup de temps à analyser et à réfléchir sur nos démarches. Ce temps, je n’en ai pas bénéficié lorsque j’ai débuté les IDD. Cela a conduit a beaucoup de séances improvisées et donc peu utiles.

  • Il faut de la stabilité. C’est une évidence qu’il est bon de rappeler. Il est toujours difficile de mettre en œuvre des choix pédagogiques faits par d’autres que soi. Or, dans certains établissements qui cumulent les difficultés, le taux de rotation des professeurs est très élevé. Là, où j’enseigne nous avons un taux de roulement annuel d’environ 25 % des enseignants. Même avec la meilleure intention du monde, je ne vois pas comment un travail interdisciplinaire de qualité peut être élaboré dans ces circonstances.

  • Il faut maîtriser les programmes. Nous avons mené à bien notre projet Lettres-Histoire, car nous maîtrisions nos programmes et ceux de nos collègues. Cela a permis une véritable réflexion croisée avec des démarches intellectuelles abouties et adaptées à chacun de nos élèves. La mise en œuvre des programmes sur les quatre niveaux du collège simultanément est un véritable handicap qui ne repose sur aucune justification pédagogique. Personnellement, je me sens à l’aise avec un programme seulement au bout de trois ou quatre ans. C’est le temps qu’il me faut pour en maîtriser tous les enjeux dans ses différentes dimensions.

  • Il faut que les personnes aient une réelle envie de travailler ensemble. Il y a des collègues avec lesquels j’ai peu, voir aucune affinité (je sais c’est pas bien), des personnes qui ont une vision de l’enseignement radicalement opposée à la mienne, des idées avec lesquelles je ne peux transiger. Le travail en équipe peut se décréter mais son efficacité ne résulte que d’une alchimie qui s’élabore au sein des établissements.

Mon expérience et mes conclusions ne sont valables que dans le cadre de mon environnement professionnel ; elles seraient sans doute différentes dans un autre établissement.